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Le 73ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 commémoré

Mardi 8 mai, Gil Bernardi, Maire du Lavandou, les élus du Conseil municipal, les autorités civiles et militaires, les porte-drapeaux et représentants des associations patriotiques ont commémoré le 73ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945. En compagnie de la directrice Micheline Popper, des élèves de l’école élémentaire Marc Legouhy se sont également associés à ce rendez-vous historique. Les jeunes Lavandourains ont lu le message de la secrétaire d’Etat auprès de la Ministre des Armées.

Discours de Gil Bernardi prononcé au Square des Héros

En ce 8 mai 1945, ils sont probablement des millions, ceux qui se demandent les raisons de cet effroyable gâchis, de ce carnage planétaire ; et comment « la vieille Europe »celle de l’humanisme et d’une paix si récemment retrouvée, a pu devenir le creuset d’un tel enfer. Elle, qui avait déployé des trésors d’ingéniosité et d’équilibrisme diplomatique, à tisser des alliances, à claquemurer le spectre d’un nouveau  déchainement de haine et de destruction, derrière les murailles réputées infranchissables des traités et des panaches des Ministres plénipotentiaires. A dissuader tout retour aux affres de 14-18, encore si douloureux dans les mémoires des millions d’anciens combattants ; n’avait-on pas déjà affirmé : « plus jamais ça » ?!

Après cinq ans de peur, de souffrances, d’humiliations, de privations, de deuils, ils sont légions, ceux qui regrettent les frilosités et les lâchetés d’hier… les mêmes à fustiger les veuleries de Daladier et de Chamberlain… tout autant qu’ils ont été enflammés à vouloir « mourir pour Dantzig ». Et qui peinent à présent à se souvenir de l’espoir suscité outre-Rhin par l’accession au pouvoir des chantres du National-Socialisme ; lorsque le parti nazi avait recueilli 37.4% des suffrages et emporté 230 sièges au Reichstag, le 31 juillet 1932. Tous les gouvernements européens s’étaient alors empressés de féliciter chaudement Adolph Hitler, qui allait devenir chancelier du Reich, six mois plus tard. Avec les ambitions bien criantes de remettre son pays au travail, de le débarrasser de tous ceux que « Mein Kampf » qualifiait de « parasites », d’ouvrir le premier camp de concentration à Buchenwald, le 20 mars 1933 – sans engendrer la moindre réprobation internationale – puis de l’emporter cette fois, avec 92% des suffrages, aux élections de Novembre. Nouveaux télégrammes de félicitations, tout aussi chaleureux, devant le raz de marée d’une adhésion populaire, qui aurait pu, pourtant, paraitre suspecte, de par les vociférations du tribun qui a jeté le masque et ne cache plus rien de sa soif de conquête et de ses ambitions revanchardes.

Alors que sonne la fin des combats, fixée au 8 mai à 23H01, et que l’encre encore fraiche de la reddition paraphée par Keitel, Stumpf et Freiburg  n’altère rien de la morgue des nazis, ni ne parvient à sécher les larmes mélangées de bonheur et de tristesse des peuples de 54 Etats, en guerre et victorieux contre ce cauchemar d’un « Reich pour mille ans » qui s’effondre, l’enchainement de la tragédie s’égrène dans toute sa monstruosité.

Les troupes de la Wehrmacht qui déferlent sur Prague, alors que celles de Mussolini envahissent l’Albanie ; la crise de Dantzig et l’invasion de la Pologne… dont on sait aujourd’hui qu’une réaction vigoureuse des français et des britanniques aurait suffi à dissuader le tyran, et à éviter une mobilisation tardive de nos soldats.

L’entrée en Norvège et au Danemark en 1940, et l’expédition franco-britannique sur Narvik, avant l’invasion de la Hollande et de la Belgique… à quelques jours de l’évacuation de Dunkerque, de la débâcle de nos armées, réputées comme les meilleures du monde, de l’exode des populations civiles pilonnées par les Stukas, jusqu’au défilé triomphal  des troupes allemandes sur les Champs Elysées, à la signature de l’Armistice et à la tragédie de Mers El-Kébir. Jusqu’à l’appel de Pétain à la collaboration avec l’occupant : « c’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française, une unité de 10 siècles, dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration »…

La défaite de 1940 que ne parvient pas à édulcorer l’appel du 18 juin lancé par Charles de Gaulle, ni l’héroïque résistance de la bataille d’Angleterre, où le Sergent Choron signe sa première victoire en abattant un Heinkel, à bord de son chasseur de l’escadrille de la France Libre. Tout espoir n’est pas perdu !

Et le déferlement de la machine de guerre ennemie, qui se lance en 1941 à l’assaut de la Yougoslavie et de la Grèce, après avoir débarqué le corps expéditionnaire de Rommel à Tripoli. Cette guerre n’a plus de limites, qui voit Moscou à présent menacée par l’invasion éclair des divisions nazis, et la débâcle Russe consacrée au mépris du pacte Molotov-Ribbentrop. Et dans cette Europe désormais sous la botte, ce premier Officier allemand abattu au métro-Barbès, le 21 août. Et qui annonce le cycle infernal des arrestations des « terroristes » et les exécutions « pour l’exemple ».

Car c’est désormais la France de la résistance qui se réveille et s’organise, dès 1942, et d’en payer si cher le SURSAUT avec l’arrestation des premiers partisans du réseau « combat » ; les têtes qui se relèvent, avant que de tomber… celles de Jacques Decour, de Georges Politzer, l’évasion spectaculaire du Général Giraud, de la forteresse de Königstein ; alors que la « 2ème guerre » devient mondiale, après l’attaque japonaise sur Pearl Harbour et la bataille de Midway.  La destitution de Darlan, remplacé par Laval, qui n’hésite pas à proclamer : « je souhaite la victoire de l’Allemagne », alors que les combats font rage à Bir Hakeim et à El Alamein, que la rafle du Vel d’Hiv déporte ses milliers de juifs, que les franco-britanniques échouent dans leur raid sur Dieppe ! Le tournant est proche, annoncé par la farouche et héroïque résistance des troupes soviétiques à Stalingrad, comme par le débarquement américain en Afrique du Nord, et malgré le sabordage de la flotte française à Toulon, le 27 Novembre 1942 ; en réplique à l’opération « Lila ».

Et chacun se souvient que tout s’embrase en 1943, avec la création de la milice par Darnand, l’envolée du Casabianca vers la Corse et la structuration de la résistance intérieure, aux accents du « chant des partisans » composé par Joseph Kessel et Maurice Druon ; mais encore par la bataille de Kharkov et l’écrasement de la révolte du ghetto de Varsovie sous le joug des « S.S » ; par l’arrestation de Jean Moulin, alors que les Alliés ont débarqué en Sicile et piétinent devant  Monté Cassino. Jean Moulin, livré par René Hardy à Klaus Barbie. Jean Moulin, symbole de cette France debout, qui mourra sous la torture, plutôt que de parler.

Tout comme Pierre Brossolette, qui choisit lui de se défenestrer plutôt que de livrer les noms de son réseau, à quelques mois de cette reconquête de 1944, qui voit les troupes de Mac Arthur reprendre une à une les îles du Pacifique ; le débarquement de Normandie précède celui de Provence, alors que le maquis du plateau des Glières est anéanti, et que le 26 mars, des parisiens ont encore manifesté leur fidélité à Pétain, après le sanglant bombardement Allié sur les Batignolles.

Qu’elle est difficile, cette lente reconquête de notre pays, depuis l’exécution sommaire du « collabo » Philippe Henriot jusqu’au massacre de la population d’Oradour sur Glane ; cette progression de l’opération « Overlord » vers Paris, le 25 août 1945, où Charles de Gaulle s’exclame « Paris – Paris outragé – Paris brisé – libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France ».

Qu’elle est dure, cette marche forcée pour reconquérir la liberté de notre pays,  dans une « République qui n’a jamais cessé d’exister » suivant l’expression du Général ; cette progression des troupes débarquées ici-même, avant de remonter la vallée du Rhône, et de libérer l’Alsace le 23 novembre, alors que ceux de l’opération de Normandie libèrent Bruxelles et Liège, que les allemands résistent dans les Ardennes et à Bastogne. Avec ce drame intérieur de la chasse aux « collabos », l’exécution de Brasillach, et le goût amer d’une nation retrouvée qui s’entredéchire déjà dans la victoire.

Mais qu’elle est belle, cette France enfin restaurée dans sa souveraineté, dans le discours que prononce le Général de Gaulle le 2 mars 1945, devant la Chambre des Députés : « il est évident que retourner à la situation dans laquelle nous saisit le désastre serait nous condamner nous-mêmes. Il apparait que ce que nous sommes et ce que nous valons, pour notre propre bien et pour le bien des autres, ne pèserait pas lourd et ne pèserait pas longtemps, si nous n’entreprenions pas, une fois de plus dans notre Histoire, l’ascension vers la puissance »

Il y aura encore Remagen, et le franchissement du Rhin, jusqu’au nid d’aigle, jusqu’au suicide d’Hitler, jusqu’à Berlin. Mais la tragédie n’aura réellement pris fin qu’avec la libération des rescapés des camps de la mort et le largage de bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki.

Ainsi, la victoire, notre victoire, est complète. Avec son cortège de joie et ses débordements de liesse. Saveur exquise de la fierté retrouvée et de la liberté si chèrement reconquise, qui ne saurait estomper ce goût d’amertume pour un désastre que les Gouvernements auraient pu éviter.

Quant aux dizaines de millions de morts, ils ne sont hélas pas à ce glorieux rendez-vous de notre Histoire, pour regretter les renoncements de ces Ministres et de ces diplomates, trop polissés, trop craintifs,  pour oser rappeler à Berlin les termes de l’Armistice de Rethondes, et les conditions fixées par le Traité de Versailles ; à cette Allemagne revancharde et provocatrice, qui met fin – unilatéralement – et sans réaction appropriée – au paiement des réparations, le 14 juin 1934 ; puis qui proclame le 16 juin 1935 – sans plus de protestations – qu’elle s’engage dans le réarmement, en levant 36 divisions d’infanterie et en engageant 500.000 hommes – contre l’avis même de ses propres généraux, qui seront limogés pour tant de tiédeur. Car le Führer l’a annoncé ouvertement à une foule en délire : 6 mois de travail obligatoire pour tous les hommes valides, et 18 mois sous les aigles du Reich. Le plein emploi, la lutte contre le Bolchévisme et la soif de puissance, sont à ce prix. Un programme qui ressemble déjà à une mobilisation que Ribbentrop prépare avec ardeur. Pourtant, le malaise est bien présent, et le danger si visible, porté par les discours – hier encore galvanisants – et progressivement devenus des aboiements menaçants. Ses ennemis désignés sont désormais partout : les anarchistes, les communistes, les intellectuels engagés, les artistes « dégénérés », les juifs, les gouvernements arrogants de Londres et de Paris.

Et ces Ministres qui ne savent pas contrarier le nouveau maître de l’Allemagne, qui siège à la Société des Nations depuis 1932, désormais en égal avec les puissances victorieuses de 1918. Et qui ne reçoit pas plus de protestations, lorsqu’il promulgue les lois racistes de Nuremberg, en septembre 1935.

Les démocraties assoupies, qui s’efforcent de ne voir en Adolf Hitler que le rempart contre le bolchévisme qui menace ; et les émissaires qui se succèdent aux convocations du tyran, en quête d’une tranquillité sans lendemain. Qui se pressent sur le chemin de Berchtesgaden comme autant de pénitents en route vers Canossa, quitte à trahir les alliances défensives, comme les traités d’assistance mutuelle. Le reniement est total !

Quitte à tolérer la nouvelle provocation et cet arsenal si puissant, qui ne demande qu’à monter en ligne. Et dont le plan d’invasion de la France, retrouvé dans la carcasse d’un avion de la Luftwaffe, ne sera même pas pris au sérieux par notre Etat-major.

Devant tant de bienveillante compréhension, la dictature ne peut que s’enhardir, jusqu’à soutenir le Caudillo de sa légion Condor, alors que la guerre civile espagnole hésite encore à sacrer son vainqueur. La Luftwaffe qui utilisera Guernica comme terrain d’exercice et rodera  ses divisions d’élite. Et la France enverra Pétain en Ambassadeur remettre ses lettres de créances à Franco !

Faiblesse des gouvernements, britanniques et français, à endiguer la montée en puissance de l’idéologie du mal derrière des positions intransigeantes, à réagir aux provocations incessantes. Espérant que l’étincelle n’allumerait que le brasier de Russie, que la Foudre frapperait ailleurs. Et que les Etats-Unis d’Amérique se drapent dans l’isolationnisme, jusqu’aux attaques répétées des U-Boats.

Car enfin, qui pouvait encore espérer rester à l’écart du drame annoncé, alors que la Rhénanie se défaisait des conditions imposées vingt ans auparavant ; que les appétits de puissance de cette Nation désormais hégémonique décidait l’Anschluss, en annexant cette Autriche  qu’elle réclamait comme partie intégrante du Reich… et que  Seyss Inquart accueillait le Führer comme un libérateur.

Alors que le peuple autrichien souverain ratifiait le coup de main, avec 99.7% des suffrages.

Reculades de Daladier, encore, lorsque la soif insatiable de conquêtes d’Hitler le porte à annexer les Sudètes, en septembre 1938, et qui deux mois après, la « nuit de cristal » dévoile les contours du réel dessein d’extermination des juifs, que les pogroms se multiplient, et que les rafles alimentent Buchenwald par trains entiers. Dont personne n’ignore plus l’objet : la solution finale est en place.

Pourquoi, non plus, ne pas reconnaitre encore au-delà de la complaisance et de la mollesse, une certaine séduction et pourquoi pas une adhésion muette, en France même, pour ces idéologies émergentes, assises sur l’abandon du destin du peuple entre les mains du chef charismatique, sur la doctrine de la race prétendument supérieure, du bouc émissaire et de l’épouvantail du Communisme. Pourquoi voudrions-nous oublier que Brasillach exerça sa fascination. Alors que notre 3ème République s’avérait falote et incapable de résoudre nos problèmes sociaux et économiques… Tandis qu’Outre-Rhin, la machine de production industrielle tournait à plein régime. Notre Gouvernement qui s’abandonnait au lâche soulagement d’un Traité franco-allemand de bonne entente, que signèrent Bonnet et Ribbentrop, le 6 décembre 1938. Il est déjà trop tard.

La suite de la tragédie était déjà écrite. Ainsi, le second conflit mondial apparut chez nous, glorieux vainqueurs du 8 mai 1945, pour ce qu’il fut : le résultat désastreux d’une politique d’atermoiements et de reculades, de compromissions et de renoncement à l’honneur. Alors, pouvait se jouer la sinistre destruction d’un continent entier, réduit en décombres et en cendres, saigné de millions de ses enfants, après avoir rayonné sur le monde. A commencer par le pays de Goethe, privé de 3.5 millions de ses soldats et de ses civils !

Et dans le tumulte et la fureur, dans le fracas des bombes et le déluge des armes, la flamme qui palpite, chaque soir, sur les ondes de Radio Londres. Celle de Charles de Gaulle qui appelle à la résistance, autant qu’elle continue de crépiter aujourd’hui, comme un signal d’espoir, dans le crépuscule de la « fin des idéologies » et l’amoncellement de nombreux nuages, annonciateurs de nouveaux orages.

Que ferions-nous ici même, sinon de nous recueillir à la mémoire de ceux qui versèrent leur sang pour que nous vivions libres, si ce n’est pour tenter de tirer les enseignements de ces signes avant-coureurs de désastres, que d’autres n’ont pas voulu affronter !

De nous rassembler pour nous incliner, autant que de commémorer la victoire, encore ; mais surtout pour ne pas trembler devant ces nationalismes résurgents qui menacent la construction européenne vacillante… pour témoigner de notre unité et de notre détermination, face aux avertissements qui se font jour, d’Odessa au Donbass, de Raqqa et de Mossoul, de Pyongyang à Gao…. Pour que ni les extrémismes, ni les fanatismes, ni les dictatures, ni les terrorismes ne débordent un jour sur un autre conflit mondial qui, servi par des armes encore plus destructrices et portées par des tyrans tout aussi sanguinaires, provoqueraient un maelstrom global, encore plus destructeurs que les 60 millions de morts du second conflit mondial.

Autant qu’il relève de notre devoir de citoyens de nous incliner à la mémoire de ceux qui ont payé de leurs vies cette victoire du 8 mai 1945, nous tous, sommes responsables de cette paix si fragile et comptables de ce bien précieux, face à la postérité.

Chacun d’entre nous, anciens Combattants, Militaires, représentants des Corps Constitués, Elus, Citoyens, Patriotes, comme garants du souvenir qu’il nous incombe de faire vivre et de transmettre. Tout autant que nous devons assumer pleinement notre rôle de gardiens intransigeants de cette mémoire, pour l’avenir ; notre mission de sentinelles, dépositaires de cette flamme de vigilance, dans le sommeil des démocraties. Prompt à défendre chèrement, et sans faiblesse, notre Nation, contre tous ceux qui, dans l’ombre, trament leurs sinistres complots.

Soyons chacun d’entre nous, les réservistes de la République Française, résolus à ne jamais transiger sur nos valeurs, nos traditions, notre civilisation et la grandeur à la fois singulière et planétaire de la France.

Vive la Mémoire du 8 mai 1945, et Vive la France.

Gil Bernardi,
Maire du Lavandou

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