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Commémoration du 82ème anniversaire du débarquement de Provence – 15 août 2026

La journée de commémoration du 82ème anniversaire du débarquement de Provence a débuté ce matin avec les dépôts de gerbes devant la stèle du Cap Nègre de Bertrand Carletti, maire du Lavandou, de Simon Babre, préfet Du Var et de Nathalie Giraud, maire du Rayol-Canadel.

Après le défilé de véhicules militaires des associations Provence 44 et Mémoire Bormes 1944, Bertrand Carletti, maire du Lavandou, les élus du Conseil Municipal, François de Canson, Vice-Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Nathalie Janet, conseillère départementale, François Arizzi, maire de Bormes-Les-Mimosas, Nathalie Giraud, maire du Rayol-Canadel, Matthieu Garcia, conseiller municipal de Cuers, les élus de La Londe -Les-Maures et de Bormes, accompagnés des autorités civiles et militaires, des représentants des associations patriotiques et mémorielles, des portes-drapeaux, de la SNSM et de la RCSC ont rendu hommage aux Commandos d’Afrique au square des Héros.

Le rond-point devant la maison des Associations Patriotiques a ensuite été baptisé du nom de Pierre Velsh, Commando d’Afrique en présence de son épouse Lucienne, de son fils et de ses petits-enfants.

             

 

 Discours M. Bertrand Carletti, Maire du Lavandou

 

 

Monsieur François de CANSON Maire de la Londe, Vice-Président de la Région Sud,
Monsieur Christian Simon, conseiller départemental
Madame Nathalie JANET, conseillère départementale,
Monsieur François ARIZZI Maire de Bormes les Mimosas
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs Représentant les corps constitués,
Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants d’associations Patriotiques,
Messieurs les anciens combattants,
Monsieur le chef de la police municipale
Mesdames et Messieurs représentants la SNSM, la RCSC
Madame Lucienne Roques, vice-présidente départementale de l’association nationale des membres de l’ordre nationale du mérite
Messieurs les portes drapeaux,
Mesdames, Messieurs,
Ici au Lavandou et sur les 7 plages qui nous séparent du Rayol-Canadel, a débuté il y a 82 ans exactement, l’une des plus grandes opérations militaires de tous les temps.
Ici au Lavandou, et spécialement à Cavalière, au Cap Nègre et sur la plage du Canadel, la France Libre transportée sur des centaines de bateaux, a pour la première fois, remis le pied sur le sol de la mère-patrie.
Oui, c’est ici, au Lavandou, le 15 août 1944 que la marche victorieuse a commencé. Elle ne s’achèvera que 10 mois après, 10 mois de sang et de souffrances, sur 1600 kilomètres, le 8 mai 1945, à Berlin et elle ne s’achèvera que par la signature de la capitulation sans condition du troisième Reich.
Si je dis que tout a commencé ici, c’est parce que la veille de ce 15 août, le débarquement militaire débuta par ce que l’on appelle dans le jargon militaire, une opération spéciale.
Dans la nuit du 14 au 15 août, des troupes militaires d’élite françaises, les Commandos d’Afrique débarquent sur la plage du Canadel et au Cap Nègre.
Au total et en quelques heures, il appartiendra aux 35 hommes du capitaine Ducourneau, suivi quelques heures après par 750 hommes du Lieutenant-colonel Georges-Régis Bouvet de monter à l’assaut du pic du Cap Nègre et de neutraliser les batteries et les points de résistance allemands qui s’y trouvaient.
Ces premiers combats se font au couteau, à tâtons, dans le silence, dans le noir, sans visibilité aucune.
L’assaut a commencé juste après minuit. En 1h de combat, les 3 batteries allemandes vont tomber une à une.
Désormais, l’ancrage de l’entier dispositif et du gigantesque assaut prévu pour 8 heures du matin est fixée. Il est fixé ici solidement au Cap Nègre.
La ligne infinie des bateaux de guerre qui barre l’horizon au soleil levant, et qui courre de Saint-Raphaël au Lavandou, peut désormais s’avancer.
Oui, c’est donc ici, au Rayol-Canadel et au Lavandou que la préparation et la sécurisation du débarquement de Provence a commencé et que tous les succès des jours suivants deviendront possibles.
Oui, ici, il y a 82 ans jour pour jour.
Aux enfants gâtés de la République, aux enfants choyés de la France d’aujourd’hui, il est difficile d’imaginer ce qu’était l’Europe à ce moment-là. Un continent de ruines, un continent en guerre, un continent affamé. Un continent placé sous le signe de la folie meurtrière, de l’enfer concentrationnaire.
Un continent asservi et humilié par un pouvoir militaire et politique, tenu par une main de fer.Il en a fallu de la force, de la volonté, des tonnes d’acier et le courage des hommes et des femmes pour briser cet étau, cet étau de folie et de croix-gammées.
Pour parvenir à libérer tout un continent, les Alliés aidés par la Russie à l’Est, avait commencé par le débarquement de Normandie, le 6 juin de cette même année 44. Les dates des 2 débarquements devaient être très proches pour serrer au plus tôt l’armée allemande.
Les maquis de la Résistance étaient informés et mobilisés partout en France. Mais il a fallu reporter le débarquement de Provence, d’un mois d’abord, puis de deux.
Ce retard causé par la pénurie de barges de débarquement, mais aussi par la résistance de l’armée allemande en Italie et par les divergences au sein de l’état-major allié, a eu bien des conséquences.
Les Maquis, notamment dans le Var mais ailleurs aussi en France, mobilisés trop tôt, sont poursuivis à mort par la Wehrmacht. Les premières représailles et massacre commis, notamment par les SS, sont terribles.
Je veux ici – à ce point précis de mon discours – rendre justice.
Rendre justice à nos ainés. Rendre justice à l’histoire et à la mémoire. Rendre justice au dernier des témoins et derniers des survivants d’un épisode symbolique de ces quelques heures tragiques de la Libération du Lavandou.
Dans l’après-midi du 14 août sur l’ancienne nationale 559 et actuellement avenue des commandos d’Afrique, une voiture décapotée allemande – la fameuse Kubelwagen – au bord de laquelle se trouvait des soldats de la Wehrmacht, est la cible de tirs de maquisards et de résistants. Un officier est blessé.
Les tireurs de la résistance s’enfuient immédiatement et sont poursuivis par les troupes allemandes présentes.
La course poursuite commence. Le village est sans dessus-dessous. Des échanges de tirs ont lieu et les Allemands remontent vers le cimetière et découvrent là une très grande partie de la population du Lavandou qui sur ordre du maire, s’était réfugiée dans les collines pour éviter les bombardements et combats qui devaient avoir lieu le lendemain.
Les Allemands font face aux civils. Ils sont surpris de les trouver là. Ils sont persuadés que les résistants qu’ils poursuivent sont cachés parmi eux. Pour répondre à l’attaque qu’ils ont subi et aux blessures infligées à leur officier, ils décident de faire des otages.
Les fusils et les mitrailleuses sont pointés, menaçantes, et on regroupe à la va-vite 180 hommes, femmes, enfants et vieillards. On discute. On intimide, on fait peur et on malmène.
Grâce à l’intervention miraculeuse d’un hollandais présent sur place qui parlait allemand, les choses se calment un peu. On évite le pire. Ce qui risquait fort de devenir un massacre de masse prend un autre tour.
Les Allemands décident alors d’amener les otages à Bormes Les Mimosas à la Kommandantur locale qui siégeait au Grand Hôtel.
A Bormes, les Allemands ne peuvent pas regrouper les otages en un seul lieu. Et ils décident de les placer chez les habitants et ceux-ci doivent répondre d’eux sur leur vie.
Le lendemain, face à l’avancée des troupes des commandos d’Afrique et de l’armée américaine qui arrivent par le col de Grateloup, les Allemands s’enfuient et tous les otages se retrouvent libérés et vivants. Le seul survivant de cet épisode est Monsieur Claude Gritti. Il est là avec nous.
Je veux à titre personnel le saluer. Lui rendre hommage. Je veux au nom de la Commune du Lavandou, lui dire et dire aussi à l’enfant de 8 ans et demi qu’il était, il y a 82 ans, ce 15 août 1944, que sa commune ne l’oublie pas. Non elle ne l’oublie pas, lui et les 179 autres otages, lui et tous ces maquisards qui ont risqué en ces heures sombres leurs vies.
Voilà en ces heures extrêmes ce qu’était la vie de nos concitoyens à ce moment-là durant la seconde guerre mondiale.
La Résistance était harcelée comme elle harcelait elle-même. Et au milieu de cette lutte à mort, comme à Oradour sur Glanes, comme dans tant d’autres communes de France, les civils furent trop souvent les victimes innocentes de l’armée allemande.  On estime qu’entre début juin et aout 1944, 13 000 maquisards furent tués ou fusillés.
Ce chiffre représente quasiment 70% des résistants français tués durant la seconde guerre mondiale par les Allemands.
Ce débarquement de Provence était donc à la fois attendu, craint et espéré par tous. Il faut essayer d’imaginer ce que fut le spectacle donné au pêcheur du Lavandou, de Saint Tropez ou de Saint Raphael en cette aube du 15 août 1944. La moitié de la côte du Var, de Hyères au Massif de l’Estérel a face à elle la plus grande flotte de guerre que la Méditerranée n’ait jamais vue. 2250 navires, 500 bâtiments de guerre, 2000 avions, 10 000 parachutages, 500 chars, 50 000 hommes pour ouvrir la voie à 280 000 autres dès fin septembre. Enfin, 1161 canons de grand calibre.Cette armada n’a qu’un objectif : tout détruire devant elle. Et c’est ce qu’elle fera. La campagne de France qui débute en ce 15 aout, avec cette armée française que l’on appelle encore l’armée B, mais qui sera bientôt la 1ere Armée, celle qui ira jusqu’à Berlin, sera comme un poignard pour le 3ème Reich. Il n’y survivra pas. En quelques heures, en quelques jours, les 80 000 soldats allemands sont renversés. La victoire vole de port en port. Saint Raphael, Sainte Maxime, Saint Tropez, Cavalaire, le Lavandou, Hyères, Toulon, La Ciotat, Marseille bientôt, sont libérés.
L’assaut naval, l’assaut aérien, l’assaut terrestre est formidable, gigantesque, inarrêtable. L’armée allemande abandonne Montélimar le 28 août, Marseille le 29 août, et Lyon, le 3 septembre. Le 12 septembre, en moins d’un mois, les troupes du débarquement de Normandie font jonction avec nos soldats de la 1ere armée qui foncent maintenant vers Colmar et Strasbourg.
L’hiver et la résistance allemande y seront terribles. Il faut lire les mémoires, écouter les témoins. Le passage du Rhin sera une épopée dans l’épopée. Le froid, la faim, les embuscades, les bombardements, les corps à corps.
Chaque centimètre se paye avec le sang. Au prix le plus fort. Il en aura fallu de l’abnégation, des sacrifices, de la rage pour qu’entre aout 1944 et mai 1945, la 1ere armée fasse enfin plier le IIIème Reich et que la bête meurt.
Oui, tout est parti d’une nuit du mois d’aout, tout est parti de ces 30 soldats qui ont gravi le Cap Nègre. Alors une question : qu’avait-il en commun ces 30 hommes pour partir de si peu, qu’avaient-ils en commun ces milliers et milliers de soldats de Provence pour réussir de si grandes choses ?
Ils étaient La France. Ils venaient de Corrèze et de Corse, de Paris et de Nancy, du Poitou, de Bretagne, du sud-ouest ou de l’Auvergne. Ils s’appelaient Etienne, André, Paul, Antoine, Noël, Jean, Albert, Miloud ou Mohamed. Ils venaient d’Algérie, du Maroc, de Tunisie. Ils venaient de toute l’Afrique, du Cameroun, de Centrafrique, du Gabon, du Togo.Ils venaient aussi des Antilles, du Pacifique, de l’océan Indien, des Comores et de la Réunion. Ils venaient de l’entier Empire français.  Ils étaient tous là pour la France. Ils étaient tous des héros. Au fond d’eux, tous le savaient, ils faisaient leur devoir. Leur devoir de citoyen et de patriote. Au fond d’eux, sans qu’ils le sachent vraiment peut-être, ils incarnaient aussi toutes les valeurs de la France.
Oui, ils portaient la Liberté, qui à ce moment-là étaient leur but. Le but de toute cette armée, du général de Lattre de Tassigny ici sur nos côtes, du général Leclerc plus haut vers Paris, enfin celui du général de Gaulle qui déjà voyait plus loin, qui pensait au redressement et à la grandeur retrouvée de notre nation.
Oui, ces hommes portaient la valeur de Liberté, mais aussi les valeurs d’Egalité et de Fraternité.
Car la 1ere armée de cette Campagne de France était déjà incroyablement soudée par les épreuves de la campagne d’Italie et celle de Corse. Elle était fière, jeune, enthousiaste, heureuse de la mission qui lui avait été confiée. Elle était une armée de compagnon d’armes, de frères. Fraternelle en elle-même, elle était aussi fraternelle vis-à-vis des peuples du monde et de l’Europe qu’elle allait libérer.
Oui, cette armée était comme la République. Et à bien des égards, elle était la République. Oui, aujourd’hui, il faut savoir retrouver et regarder les visages de tous ces héros disparus. Regarder leurs tombes et penser à la terre froide.  Il faut malgré le temps qui passe, distinguer la beauté et la grandeur de leur dévouement. Mais il faut aussi savoir lever les yeux et voir le ciel si bleu.
C’est celui de la Provence. Et dans le tremblement des pins, il faut avoir quelques pensées simples : Oui, le souffle du 15 août 1944 nous anime encore. Oui, nous aimons notre pays.   Et nous n’oublions rien.
Vive la République.
Et vive la France !

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