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Journée nationale d’Hommage aux « Morts pour la France » en Indochine

Ce lundi matin 8 juin, Bertrand Carletti, maire du Lavandou, les élus du Conseil municipal, Nathalie Janet, conseillère départementale, accompagnés des autorités civiles et militaires, des représentants des associations patriotiques, des porte-drapeaux et de la SNSM ont rendu hommage aux « Morts pour la France » en Indochine.

Discours de Bertrand Carletti, maire du Lavandou, le 8 juin 2026

 

Madame Nathalie JANET, conseillère départementale,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs Représentant les corps constitués,
Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants d’associations Patriotiques,
Messieurs les anciens combattants,
Mesdames et Messieurs représentants la SNSM, la RCSC
Messieurs les portes drapeaux,
Mesdames, Messieurs,
Il y a plus de 70 ans, la France, notre patrie, traversait l’une de ces terribles périodes qui ont marqué définitivement notre histoire. Nous étions alors sous la IVe République, à un de ces moments de grande instabilité politique, bien plus grande que celle que nous connaissons actuellement.
En 1954, la France devait faire front à deux crises exceptionnelles.L’une d’entre elles, 70 ans après, est encore et toujours au coeur de notre actualité. Je veux rappeler ici quelques données historiques. En 1954, en Algérie, le FLN lançait une opération d’insurrection générale avec la « Toussaint Rouge ».
En 1954, au mois de mai, à l’autre bout du monde, de la France et de l’Algérie, sur les hauts plateaux du Tonkin, le camp retranché de Dien Bien Phu tombait à l’issue d’un siège et d’une campagne marqués par le devoir, l’honneur et le sacrifice.
L’Indochine – c’est-à-dire le Vietnam, le Cambodge et le Laos – coupait définitivement ses liens avec la France et en quelques mois, plus de 80 ans de présence et d’influence se terminait dans une tragédie qui a ébranlé notre pays et meurtri un très grand nombre de familles françaises.
Oui, il y a 70 ans, une certaine France disparaissait pour qu’une autre France, une France nouvelle puisse naître. Ce sera fait en 1958 avec l’arrivée du Général de Gaulle et avec l’avènement de la Ve République. Aujourd’hui, c’est tout spécialement l’Indochine et le Vietnam que nous commémorons.
En effet, le 8 juin 1980 qui est le jour du transfert de la dépouille du Soldat Inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, a été choisi pour rendre hommage aux morts pour la France de la guerre d’Indochine en généra et de la bataille de Diên Biên Phu en particulier.
Avec le Mémorial des guerres en Indochine de Fréjus inauguré en 1993, et rassemblant près de 24 000 sépultures de militaires et civils morts en Indochine, ces deux nécropoles nationales constituent les grands lieux de mémoire des soldats français qui sont morts pour sauver notre part d’Empire en Asie.
Depuis 70 ans, bien des choses ont changé. Nous ne portons plus le même regard sur la période coloniale. Nous discutons des faits. Nous analysons l’oeuvre de la France et nous tentons, en bien comme un mal, de faire la part des choses entre les formidables apports que nous avons légués à ces territoires et notre part de responsabilité ou d’erreurs.
Il demeure qu’à un moment donné, et pour des raisons données, et pour des objectifs connus et assumés, la France a envoyé là-bas ses enfants pour se battre et mourir. Envoyé là-bas ses enfants pour défendre surtout, une certaine idée que notre Patrie se faisait d’elle-même.
Aujourd’hui, ici, et partout en France, nous commémorons les 83 000 morts, français métropolitains, légionnaires, militaires d’Afrique du nord et d’Afrique subsaharienne, indochinois enfin, qui ont péri pendant les 9 années de guerre qui se sont déroulées entre 1946 et 1955.
Selon les estimations les plus sûres, ils resteraient encore enfouis dans la terre du Vietnam, les corps de près de 40 000 soldats français dont 1000 à 3000, rien que pour le champ de bataille de Dien Bien Phu. Oui, encore 40 000 dépouilles qui n’ont pas pu être remises à leurs familles et à leurs proches.
C’est dire tout l’ampleur d’un drame inouï, des horreurs et du sacrifice que la France et chacun de ces soldats ont consenti pour défendre les intérêts de notre patrie. Alors aujourd’hui, que reste-t-il de ces jours sombres ? Quels enseignements en tirer, pour nous, pour nos enfants, pour faire grandir la conscience nationale et reconstruire ce qui doit l’être encore ?
Il y a deux ans à Dien Bien Phu, sur les lieux même de la bataille, le 7 mai 2024 exactement, les vétérans vietnamiens et trois des derniers soldats français survivants de cette bataille se sont tendus la main, le coeur serré, les larmes dans les yeux. Sur les collines Eliane, Dominique ou Gabrielle, l’étoile rouge flottaient les drapeaux rouge et français en signe de réconciliation et d’entente mutuelles.
La France tout comme le Vietnam savent ce que l’ancienne puissance coloniale a légué à ce pays fier et millénaire. Un système éducatif, un modèle administratif et juridique, un réseau de transport, des infrastructures et des savoir-faire industriels, de santé ou agricoles. Tout cela a permis dès la libéralisation de l’économie à la fin des années 80, de faire ce qu’est le Vietnam aujourd’hui : une des toutes premières puissances économiques de l’Asie du Sud-est et une grande nation à l’international.
Alors si le présent s’écrit avec des lettres d’amitié, d’espoir et de réussites, il faut bien le mettre aussi sur le compte de la France. En presque cent ans de présence, ici au Vietnam comme ailleurs, elle a su, elle a voulu, elle a permis qu’un sillon de civilisation s’enracine dans toutes ces terres lointaines.
En leur temps, portée par une vision universaliste et républicaine, la France a défendu son oeuvre, la France y a sacrifié ses enfants. Avec le recul, elle le devait. C’était son devoir, c’était notre devoir. Et ceux qui sont morts là-bas le savaient aussi. Car ceux qui sont morts là-bas, au loin, qu’ils aient été d’origine indochinoise, algériens, africains ou français,
avaient tous une idée forte de ce qu’est le « devoir », une idée du devoir qui ferait du bien à la France d’aujourd’hui. Altruisme, abnégation, générosité, fraternité, patriotisme, voilà les valeurs que les morts en Indochine lèguent à la France et aux nouvelles générations.
« Rien ne vaut les mots vrais », dit l’historien. Et il a raison. Et en ce sens, il faut lire et relire le récit de la bataille de Dien Bien Phu.
Dans les toutes dernières semaines qui ont précédé la défaite, alors que tous les espoirs de victoire étaient perdus, l’état-major français a demandé des volontaires pour d’ultimes largages en parachute sur la cuvette de Dien Bien Phu, de nuit, à la limite extrêmes des lignes ennemies, avec des sauts à 70 mètres d’altitude et même à très haute
altitude. Près de 4000 soldats se sont portés volontaires… Volontaires pour mourir. Certains n’étaient même pas brevetés parachutistes. Ils avaient tous vingt ans.
Dans le périmètre restreint de la Drop Zone – la zone de largage – le ciel était saturé de tirs de défense et de DCA dont l’intensité a été qualifiée par les pilotes, comme équivalente à celle des grands conflits européens.
On estime le nombre de parachutistes tués lors du saut ou dès le contact au sol, à 10 ou 20% des effectifs, soit plus de 500 soldats. Leurs corps pour leur très grande majorité, ne seront jamais retrouvés. La nuit qui précède la chute de Dien Bien Phu, le 7 mais 1954, il y eu même 9 derniers avions dakotas qui parvinrent à larguer encore, 94 parachutistes.
Ils furent les derniers.
Dans l’après-midi du 7 mai, ordre fut donné au général de Castries commandant les troupes françaises de cessez le feu. Il lui fut refuser de se rendre. Il lui fut refuser expressément d’employer le mot de capitulation. On doubla cet ordre en exigeant de lui et de tous les hommes l’interdiction de lever les bras, ou de tenir des
drapeaux blancs au moment où ils tomberaient entre les mains de l’ennemi. Autant rappeler que le général de Castries appliqua à la lettre tous les ordres qui lui furent donnés.
Le lendemain, les 11 721 prisonniers français commencèrent alors une marche, une marche de la mort, comme dans le film le Pont de la Rivière Kwaï.
Ce fut un enfer, long de 700 km, d’une durée de 60 jours, sous une température de 38°, où chaque soldat français ne recevait qu’une ration de 200 g par jour de riz, et de l’eau impropre à la consommation.
En 60 jours de marche, 7831 hommes moururent de maladie, de malnutrition et d’épuisement, soit 72 % de la totalité des prisonniers.
Commémorer Dien Bien Phu et son soldat inconnu, c’est devoir penser à chacun de ces 7831 prisonniers, c’est aussi devoir penser à chacun de ces 6500 hommes et femmes morts durant les combats.
Ce soldat inconnu est le corps de leur gloire.
Il est pour nous le symbole d’un grand sacrifice et nous rappelle avec force ce que notre nation est capable de faire pour rester fidèle à elle-même.
Je veux que pour lui, l’inconnu et pour ces milliers de morts, nous ayons une pensée émue, à la fois fraternelle et patriote.
Vive la république et vive la France !

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